Dimanche, à Montréal, c’était un peu comme vivre encore une fois 16 étapes du TDF en une journée. Imaginez que pour voir passer les coureurs à 16 occasions, au TDF, vous auriez dû être 16 jours en France. Pensez-y bien et vous comprendrez ce que je veux dire. Par contre, j’avoue qu’il y a pire que passer 16 jours chez nos cousins!
La pluie annoncée ne s’est presque pas pointée, à Montréal, juste quelques brins ici et là. La journée partiellement nuageuse a même, à un certain moment, été ponctuée d’éclaircies comme pour dire que la présence colorée des cyclistes du Pro Tour venait ensoleiller cette journée.

(C) René Sergerie: George Hincapie avant le départ.
Robert Gesink, de l’équipe Rabobank, a remporté le Grand Prix de Montréal, Peter Sagan, de Liquidas, est deuxième et la nouvelle coqueluche du cyclisme canadien, Ryder Hesjedal, a terminé troisième au grand plaisir de la foule qui scandait son nom à la remise des prix sur le podium.
Mais les vrais gagnants, ce sont les amateurs et ces passionnés du vélo, jeunes et moins jeunes, qui se sont massés tout au long du parcours et qui ont eu droit, encore une fois, à tout un spectacle.

(c) René Sergerie: Ryder Hesjadal, de loin le préféré de la fin de semaine
J’écris ces lignes dans l’autobus du retour pour Québec. Je suis accompagné par deux jeunes passionnés qui sont dans le programme sport étude en cyclisme, Thomas Desjardins et Olivier Hokmi. Écouter ces deux jeunes me décrire combien ils ont aimé voir le Pro Tour débarquer chez nous est quasi indescriptible. Leurs yeux brillent à chaque fois qu’ils parlent de cette expérience unique.
J’oserais même dire que les curieux et les néophytes ont été impressionnés par ces humains qui performent comme des machines. Je dis bien des humains, car lorsque vous voyez la souffrance envahir certains d’entre eux, à mesure que l’épreuve avance dans la journée, vous réalisez qu’ils sont bel et bien humains ces fameuses machines. Je ne sais pas pour vous, mais moi, en bon québécois, j’ai « trippé » fort ! Voir le peloton s’emmener à des vitesses folles et sentir les coureurs si proches qui vous frôlent dans les montées fut pour un passionné comme moi et pour bien d’autres une expérience presque orgasmique.
Bon j’en conviens, j’exagère un brin, mais à entendre les commentaires autour de moi, je n’étais pas le seul à jouir ainsi. Je peux vous parler de Sylvain Lemay, des Bois Francs, qui était également à Québec et qui, tout comme moi, pour reprendre ses mots « tripait fort ». Un autre couple du « Portland Velo Club » avait fait le voyage à Québec vendredi et était à Montréal aujourd’hui et beaucoup d’autres d’un peu partout avaient fait de même. Avouez que vivre seize étapes du TDF, trente et une pour plusieurs, en deux jours, ce n’est pas banal.

(c) René Sergerie: on relaxe avant le départ, ça ne sera pas facile!
Voir ces grands du cyclisme se déplacer dans notre belle province, c’était du bonbon. Entendre Jens Voigt, avant le départ, me dire qu’il a tellement aimé Québec, mais qu’il a manqué de temps pour retourner une seconde fois chez Toy’s R Us pour acheter un toutou à ses enfants était un moment de pur bonheur. Monsieur Voigt signait des autographes tout en prenant le temps de parler aux spectateurs, dans mon livre à moi, c’est de la grande classe.
Ce n’était certes pas facile de grimper Camillien-Houde et la côte de la Polytechnique 16 fois, mais les encouragements et l’appui de la foule, très nombreuse, massée le long du parcours ont surpris quelques coureurs. Mais cela a aussi facilité la tâche de plusieurs d’entre eux.
Ils reviendront avec un grand plaisir, l’an prochain, ces héros du cyclisme. Maintenant dans les coulisses, il est question des Championnats du monde. Imaginez une semaine de jouissance. La première du Pro Tour Québec-Montréal a été un succès et vivement l’an prochain pour une seconde édition.
Je terminerais en vous disant que comme beaucoup de Québécois, j’ai été élevé à écouter et jouer au hockey. Je connaissais tous les joueurs du Canadian et beaucoup d’autres de la LNH à l’époque. Mais je suis tombé en amour très jeune avec le cyclisme au grand dam de mon père qui était, bien sûr et avant tout, un amateur de hockey. Je pourrais vous les nommer un à un ces grands du cyclisme d’hier à aujourd’hui, car, pour moi, si vous me permettez de faire une comparaison un peu boiteuse, ce sont mes joueurs de hockey. Vivre ces deux journées de course aura été un cadeau du ciel. La première, à Québec, en tant que spectateur, et la deuxième, à Montréal, en tant que journaliste d’un jour. Merci à Christian Pouliot pour cette chance inouïe et j’ose espérer vous avoir transmis la passion et le goût de venir ou encore de revenir les voir l’an prochain, ces humains qui roulent comme des machines.
René Sergerie