Où s’en va le vélo? La question est simple, mais fort à-propos, quand on voit toutes ces industries, jadis solides, s’effrondrer sous le poids de la crise économique.
La question (et quelques autres) a été posée à différents acteurs de l’industrie et à des intervenants du milieu touristique (le vélo occupe maintenant un large pan de l’industrie touristique, au Québec).
Dans une série de textes, SDV*MAG vous présente les réflexions de ceux qui, généreusement, ont répondu à nos questions.
Pour la deuxième partie de ce dossier, les réponses nous viennent de Bruno Paradis, coordonnateur des communications, pour l’entreprise montréalaise Argon 18.
La crise économique aura-t-elle un impact majeur sur le marché du vélo, en 2009?
À chaque jour, nous entendons, aux informations, que des milliers d’emplois disparaissent ou disparaitront sous peu. Dans ces conditions, comme un peu tout le monde, nous nous attendons à des remous. Cela dit, tous les fabricants ne seront pas affectés de la même façon et, comme c’est bien souvent le cas quand les temps sont difficiles, les entreprises qui développent des produits originaux, reconnus pour leur qualité, devraient beaucoup moins souffrir de la précarité économique mondiale.
Comment l’industrie réagit-elle à ces perspectives peu rassurantes?
Votre question est intéressante puisqu’elle tient pour acquis une certaine lecture et certaines conclusions. Je ne saurais parler au nom de l’industrie. Des rumeurs circulent voulant que le géant Shimano aurait revu et coupé de manière radicale sa production pour l’année en cours (NDLR – L’auteur de ces lignes a contacté Shimano Canada; nous reviendrons sur ce point). Mais d’autre part, on sait aussi que certains marchés ne prévoient aucun ralentissement. C’est même le contraire qui se produit. Par exemple, aux Pays-Bas, le fabricant Batavus doit plutôt augmenter sa production pour répondre à la demande. Il y a donc deux cas de figures possibles et Argon 18 entend poursuivre sa croissance, une croissance qui est au moins régulière dans tous les marchés, ou tous les pays, où nous sommes présents.
Comment va le vélo au Québec?
Du point de vue du fabricant, le vélo se porte très bien avec des manufacturiers qui sont forts sur tous les segments du marché. C’est donc un signe positif, mais il y a plus de profondeur à notre industrie.
Argon 18 est aussi heureux de compter sur un réseau de détaillants solides et expérimentés. La stabilité de notre réseau est, pour nous, un indicateur de bonne santé et d’intérêt pour la pratique du vélo.
De fait, tout se joue au niveau de la pratique du sport. Tous les signes sont positifs quand il est question de la pratique cycliste: les infrastructures – pistes cyclables – sont plus nombreuses et de meilleure qualité que jamais. De nombreux événements cyclistes ont lieu tout au long de l’été et ces événements sont très courus.
Argon 18 est associé depuis plusieurs années avec Liberté à Vélo, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et les organisateurs doivent se résigner à refuser des participants. Je crois que les organisateurs du Grand Tour doivent faire la même chose. Et quiconque a déjà parcouru des routes de campagne, le week-end, a déjà croisé des groupes – ou clubs – qui sont composés de plus de 100 rouleurs.
Ces personnes ont compris que le cyclisme permet de voir de beaux territoires, de profiter du temps et de voir du monde. Toutes ces personnes ne visent pas faire de grandes performances sportives, mais certaines ont des ambitions relevées. Une chose est sûre, toutes sont exigeantes et demandent du matériel de grande qualité.
En tant que spécialiste de la route, on dit aussi que nous sommes des «roadies». C’est, naturellement, parmi ces personnes que les Argon 18 gagnent en popularité! Nos vélos sont faits pour ces personnes exigeantes.
Après l’exode de la production vers l’Asie, que reste-t-il à faire, pour les fabricants québécois, canadiens et nord-américains, pour reprendre une meilleure place sur le marché?
Il y aurait beaucoup à dire pour répondre à cette question convenablement! D’abord, je ne suis pas certain que les fabricants nord-américains soient en difficulté. Mais je vais me concentrer sur la situation que nous vivons chez Argon 18, puisque notre croissance est solide et qu’elle ne fléchit pas, au contraire.
D’abord, dès le début, nous avons vu grand et nous avons identifié que notre spécialité était le vélo de route et les pratiques qui lui sont liées (cyclo-cross, contre-la-montre, piste). Il y a déjà 10 ans, il était clair, pour nous, que notre réussite allait passer par la recherche et le développement de produits uniques, innovants, distinctifs. Depuis, nous travaillons en ce sens et les deux prix de design que nous avons gagnés avec notre E-114 montrent que nous n’avons aucune forme de complexe d’infériorité par rapport à ce qui est offert par nos compétiteurs.
Cette année, nous avons encore innové en proposant deux nouveaux cadres de route de très haut de gamme (le nouveau Gallium et le Gallium Pro), des cadres qui s’adressent aux cyclistes exigeants et, sans surprise, les ventes sont au rendez-vous.
Parallèlement, nous avons travaillé pour développer un réseau de distribution internationale solide et stable, au sein duquel s’est développé un réel esprit de collaboration entre chacun de nos partenaires.
En ce moment, nous pouvons dire qu’aucun des marchés dans lesquels nous sommes présents n’est arrivé à maturité. Les perspectives sont donc très encourageantes: nos vélos sont confortables, légers, rigides, équilibrés et ils répondent à ce que les rouleurs – même très exigeants – recherchent.
Quels sont les produits les plus en vogue, ces temps-ci?
Les vélos «multisports» ou de contre-la-montre comme nos E-114 et E-112 sont très en vogue partout où nous sommes présents. Je pense, notamment, aux États-Unis et à l’Australie. Nous connaissons une très très forte demande en Allemagne, en France et en Espagne, avec ces modèles. C’est très valorisant car ce sont des pays où la pratique a une longue tradition.
Au Québec et au Canada, nos produits vedettes ne sont pas exactement les mêmes: nos vélos de route occupent plus de place. Notre Krypton, un cadre carbone monocoque S3 est très populaire et nous savons déjà que nos nouveaux Gallium (monocoque carbone aussi) seront bientôt nombreux sur les routes du Québec.
Quelles sont vos attentes pour 2009?
La réponse peut sembler étrange, mais au Québec et au Canada, en général, tout dépend de la météo. Si le printemps est sec et ensoleillé, les rouleurs commencent leur saison du bon pied! Plus sérieusement, les vélos Argon 18 sont bien connus maintenant, chez les puristes, les spécialistes. Nous aimerions élargir le phénomène.
Après l’acier, l’aluminium, le titane et la fibre de carbone, quel sera le prochain vecteur de changement dans l’industrie du vélo?
Sans hésitation, je crois que le prochain vecteur de changement ne sera pas directement lié aux matériaux utilisés comme tel. Du moins, dans notre domaine de spécialité qui est le vélo de route et de triathlon. Le changement en sera un lié à la conception, au design et à l’intégration des diverses fonctions du vélo.
Cela peut sembler bien vague, mais un seul exemple suffira. Il y a longtemps que Shimano a osé intégrer les changements de vitesse directement dans les leviers de frein. Le sport en a été changé de manière durable, et pas que pour les coureurs.
C’est dans cette direction que nous avons travaillé lors du développement du E-114. Nous voulions intégrer le maximum des composantes dans notre design de manière à provoquer une réelle unité dans le fonctionnement du vélo. Ce n’était pas un caprice de fabricant: la stabilité, la facilité de pilotage et l’efficacité du E-114 sont toutes louées sur tous les forums de discussion.
Le prochain vecteur de changement sera celui de l’intégration du design, du contrôle avancé. Mais pour intégrer et pousser plus loin tous les designs… il faut savoir comment doit se comporter un vélo dans toutes les situations. C’est dans ce domaine que l’immense expertise de Gervais Rioux, président d’Argon 18, mais surtout designer principal, fait toute la différence.

Photo Courtoisie Argon 18 - Gervais Rioux, à droite, tenant la plaque remise par les organisateurs du Salon Eurobike, cette plaque confirmant les mérites et l'excellence du design du modèle E-114. Les autres photos, nous montrent, dans l'ordre, le nouveau Gallium Pro et Torbjorn Sindballe, en selle sur le E-114.
Mardi prochain, 3 février, dans la troisième partie de ce dossier, la parole reviendra à Pierre Perron, directeur du marketing chez Louis Garneau Sports.
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