L'industrie du vélo en 2009 (première partie)

Où s’en va le vélo? La question est simple, mais fort à-propos, quand on voit toutes ces industries, jadis solides, s’effrondrer sous le poids de la crise économique.

La question (et quelques autres) a été posée à différents acteurs de l’industrie et à des intervenants du milieu touristique (le vélo occupe maintenant un large pan de l’industrie touristique, au Québec).

Dans une série de textes, SDV*MAG vous présente les réflexions de ceux qui, généreusement, ont répondu à nos questions.

Pour la première partie de ce dossier, les réponses nous viennent de Roberto Rossi, directeur du marketing, chez le fabricant lavallois Guru.

plant1 La crise économique aura-t-elle un impact majeur sur le marché du vélo, en 2009?

Sans aucun doute. Comme n’importe quel ralentissement économique, cela aura comme effet d’éliminer les joueurs moins solides, que ce soit au niveau des marques ou des détaillants. En fin de compte, cela obligera tout le monde à livrer plus de valeur réelle au consommateur, ce qui est une bonne chose. Nous vivons également une amplification médiatique qui provoque des réactions plus ou moins rationnelles. La situation va se rétablir. En réalité, ce n’était pas si bon que ça, il y a 18 mois et ce n’est pas si mauvais que ça, actuellement. Le consommateur va revenir aux bases, aux choses plus sérieuses…

Comment l’industrie réagit-elle à ces perspectives peu rassurantes?

Pour l’instant, on sent une certaine inquiétude, car les dernières années de croissance ont habitué les différents acteurs de l’industrie, surtout aux États-Unis, à un certain pattern positif, voire facile, qui s’en allait toujours en montant (ventes, prix, etc. Il y a de nouveaux joueurs qui ont embarqué sur la tendance du « cycling is the new golf  » qui risquent de descendre avec la vague. Ceux d’entre-nous qui ont déjà vécu d’autres ralentissements, que ça soit dans l’industrie du vélo ou ailleurs, savent qu’il y aura un lendemain et que chaque situation crée ses propres occasions.

Comment va le vélo au Québec?

inside-plant-custom1Le vélo va relativement bien. L’engouement pour faire de plus en plus de vélo chez nous est une tendance lourde qui s’inscrit dans notre culture plus portée vers le plein air (vis-à-vis les sports d’équipe), plus européenne, plus consciente au niveau environnemental, etc. Les Québécois font du vélo pour les bonnes raisons et ces raisons continueront de prendre de l’ampleur. Cela dit, le marché québécois a toujours été plus difficile par rapport aux propositions de prix plus haut de gamme. Avec de plus en plus de cyclistes sérieux dans le marché, cependant, nous constatons une certaine migration vers des produits de meilleure qualité. C’est un peu ce qui s’est passé dans l’industrie du vin: ça ne fait pas si longtemps que ça que les Baby Duck et Black Tower dominaient les ventes à la SAQ…

Après l’exode de la production vers l’Asie, que reste-t-il à faire, pour les fabricants québécois, canadiens et nord-américains, pour reprendre une meilleure place sur le marché?

Chez Guru, l’exode de la production vers l’Asie, nous ne connaissons pas ça. Nous avons misé sur une offre de produits de qualité supérieure et sur une niche en croissance – le «sur mesure» – pour alimenter notre production à 100% québécoise. Il y a un marché pour les Timex et un autre pour les Rolex; c’est entre ces deux pôles que ça se gâte. Nous misons sur un modèle «micro-brasserie» pour satisfaire un consommateur plus exigeant, qui recherche quelque chose de spécial. La clé, c’est de parcourir le monde pour trouver ce consommateur exceptionnel. De plus, la fabrication locale offre les avantages d’une livraison juste-à-temps, ce qui n’est pas négligeable pour les détaillants qui auront moins de capital à investir.

Quels sont les produits les plus en vogue, ces temps-ci?

Les vélos en fibre de carbone continuent d’être le standard dans l’industrie. Les profils aérodynamiques deviennent de plus en plus mainstream, aussi. Cela dit, nous constatons un certain contre-courant vers des matériaux plus traditionnels comme l’acier et le titane. La raison? La beauté essentielle, l’aspect pratique, voire indestructible, et des caractéristiques de conduite uniques.

Quelles sont vos attentes pour 2009?

2009 s’annonce comme une année de transition pour l’industrie. Chez Guru, nous avons eu notre meilleure année de ventes, en 2008; nous travaillons fort pour maintenir la cadence, en 2009. Les consommateurs vont continuer d’acheter des vélos, c’est à nous de leur offrir les bons produits.

Après l’acier, l’aluminium, le titane et la fibre de carbone, quel sera le prochain vecteur de changement dans l’industrie du vélo?

Le fit. Nous voyons que les solutions sur mesure et de personnalisation prennent de l’ampleur dans le marché du golf, des bâtons de hockey, des chaussures de sport (ex.: Nike FIT), etc. Cette tendance est encore plus logique dans l’univers du vélo, où la machine représente une extension directe du cycliste. Acheter un vélo haut de gamme qui est ajusté plus ou moins bien, c’est un non-sens. Les vélos sur mesure représentaient le summum de la qualité avant l’arrivée des composites. Pour des raisons de commercialisation, l’industrie a convaincu le marché que ce n’était plus le cas. Nous constatons un retour du balancier dans les marchés précurseurs.

Le Geneo, reconnu comme vélo de l'année 2008 par bikeradar.com.

Le Geneo, reconnu comme vélo de l'année 2008 par bikeradar.com.

Mardi prochain, 27 janvier, deuxième partie de ce dossier.

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