Quand les maquilleurs prennent le dessus ou la virtualisation du sport

 Un boxeur vient de passer 12 rounds à frapper son adversaire pour le mettre sans connaissance et à se faire frapper à en perdre toute notion de temps et d‘espace  (tellement que les arbitres en fin de ronde doivent l’arrêter de se battre). Ses soigneurs le lavent, pansent ses plaies, lui enlèvent ses gants, lui mettent la casquette du commanditaire sur ses cheveux mouillés. Et en moins de 3 minutes après son combat, un beau parleur tout énervé et bien habillé lui braque un micro dans la face et lui demande ce qu’il pense de son crochet de gauche du troisième round . Pourquoi pas un commentaire sur la balance des paiements de la Roumanie tant qu’à y être!

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Pierre Gendron, avec un bagage de 15 marathons, une centaine de courses à pied, environ 450 courses de vélo de montagne et quelques loppets plus ou moins longues, nous propose des chroniques d’humeur et petits comptes rendus pour nous faire vivre le plaisir du sport d’endurance et des lieux où il se pratique.

 

Un cycliste de montagne vient de pédaler 2 heures et demi dans le bois , dans des mares de boue, sur des racines glissantes. 10 minutes plus tard, il est sur le podium, tout habillé tout propre comme sur la photo ou vidéo de promotion de son commanditaire.
 
Au hockey, on interview les joueurs entre les périodes et on leur donne une serviette pour essuyer la sueur qui dégouline de leur front et on leur demande de se prononcer sur la tactique à venir pour la période qui suivra ou pourquoi leur club traîne par 6 buts après deux périodes. Qu’est ce que tu veux que le joueur dise! Demande plutôt à ceux qui font du showbusiness avec le hockey le soir tard à la télé.
 
Au football on joue sur du tapis, dans des stades climatisés; ça donne des jeux plus spectaculaires! Un sport d’extérieur qui ne doit pas être dérangé par le climat!
 
À Paris Bercy n’a-t-on pas déjà fait des courses de planche à voile dans un aréna avec piscine et ventilos géants!
 
Cet hiver (je ne sais plus où) on a fait des épreuves de big air dans un aréna avec effets de lumière, dj etc.
 
On scénarise des parties de hockey (TVA-Québec-Montréal).
 
Les athlètes ont souvent une caméra sur eux pendant la compétition.
 
Le sport de tout temps a servi de distraction populaire et a canalisé des énergies ,souvent de révolte face à des dirigeants tyranniques, énergies qui auraient pu se tourner contre ces personnages. Le fameux “du pain et des jeux” des empereurs romains. “Panem et circenses” écrirait l’ex prof de latin Réjean Tremblay.
 
Ça tout le monde en est conscient. 

Ce qui me désole le plus par contre c’est que ce sport-spectacle qui se pratique dans des lieux clos (plus facile a contrôler les billets vendus) et qui fait l’objet d’une publicité omniprésente via les pages sportives et émissions sportives; ce sport-spectacle se rapproche de plus en plus du sport individuel, comme si la machine englobante voulait ramasser les irréductibles du plaisir solitaire… sportif… pour les embarquer eux aussi dans l’illusion .
 
Et cela a des effets pervers.
 
Des effets de cette médiatisation des sports?
 
1-Des sports voient leurs règlements influencés pour accommoder les lentilles :

Le vélo de montagne se fera dans des champs aux Olympiques de Londres. Les arbres ça bloque les prises de vue des caméras!
 
Il y a des pauses publicitaires au hockey, de sorte qu’une équipe peut jouer avec 3 trios, les temps de repos sont plus fréquents. Me semble qu’une équipe c’est 20 joueurs
 
Le volleyball de plage a vu des athlètes féminines demander de modifier leur costume , ce qui fut (heureusement) refusé. Plus sérieusement , les athlètes devraient avoir plus à dire dans la règlementation de leur sport que le réalisateur du reportage
 
2-Cynisme généralisé :

Toute cette médiatisation génère des profits immenses auxquels les athlètes (bien gérés par leurs agents personnels–payés à commission) demandent de participer. Ce qui est “normal” dans ce schéma de pensée. Ainsi des personnes qui n’ont pas toutes des études universitaires gagnent plus cher qu’un médecin. plus cher même que le président ou le premier ministre de leur pays. Ça amène un certain cynisme dans la population , un déplacement des valeurs. On trouve normal un salaire d’un joueur de baseball et on se révolte contre un échevin , un professeur qui demande une hausse de salaire de 5% .
 
3-Trop montrer de sport nuit à sa pratique :

Tout d’abord, une évidence. Quand on regarde une joute ou une course, on n’est pas en train de faire une activité sportive, on est en train de regarder se dérouler une activité sportive.
 
Mais surtout cette scénarisation du sport individuel a un effet néfaste face à sa pratique quotidienne. Ce n’est pas tout le monde qui va aux olympiques, et ça, on le sait, ce qui n’empêche pas plusieurs à entreprendre la pratique sportive. Mais ce qui peut en décourager plus d’un (surtout chez les jeunes..ne sont-ils pas trop sédentaires?) c’est le décalage entre l’image sportive et le réel de la pratique sportive. Faire du sport c’est douloureux, c’est contraignant, c’est humiliant dans une certaine mesure (car il faut apprendre et pour y arriver il faut aller au delà des aptitudes naturelles, de l’innée…du talent) . Il faut se faire dire quoi faire et comment le faire et répéter sans relâche des gestes, insignifiants au début, mais qui prennent leur sens dans le “portrait global”.

Pour plusieurs, ce réel qui bouscule l’image est inacceptable. Aussi bien avoir son thrill en payant plus de 100$ pour un chandail du CH ou des Nordiques et en s’identifiant à ceux qui sont grassement payés pour le porter.

En guise de conclusion
 
Je fais des petites animations dans des écoles primaires et parcs de la ville lors desquelles des enfants acquièrent des habiletés à vélo. Lors d’une session, j’ai filmé une séquence du parcours pour qu’ils puissent évaluer leur technique et faire les corrections nécessaires. Ils m’ont tous demandé si j’allais mettre le tout sur Youtube.

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