Pendant un siècle, on s’est évertué à faciliter la vie des automobilistes, à concevoir les routes en fonction d’un seul mode de transport.
Résultat: dépendance incontrôlable, paysage urbain massacré, air vicié, couche d’ozone menacée… la liste est longue.
Le vélo, dans tout ce fatras? Une nuisance! «Des enfants gâtés», a déjà dit la mairesse de Sainte-Foy puis Québec, au sujet des cyclistes qui réclamaient des aménagements adéquats et le droit de passage sur «sa» plage chérie (Jacques-Cartier).
Pas surprenant qu’on ait fait tant état, la semaine dernière, du projet du nouveau maire, Régis Labeaume: une piste cyclable qui traverserait, d’est en ouest, la Haute-ville de Québec. «Mon projet», s’est-il empressé de dire, d’un ton presque péremptoire (une habitude, chez lui).
Comme si, d’un trait, les problèmes de circulation à vélo, à Québec, allaient disparaître sous le bitume!
Mais, aussitôt lancée, l’idée de piste cyclable sur le boulevard René-Lévesque – qui n’est pas nouvelle – a été édulcorée ou tempérée par des prétendues contraintes physiques et techniques. Pourquoi? Parce que, encore une fois, on se préoccupe davantage du sort des automobilistes (espaces de stationnement sacrifiés…) que des objectifs à longs termes que l’on devrait se fixer.
À Québec, on dirait qu’il faut toujours que ça soit compliqué et dispendieux pour être crédible et pertinent. On n’a qu’à penser au stade de soccer du Parc Chauveau, que l’on construira au coût de 19M$ (avant dépassements), avec plusieurs années de tergiversations, alors que la ville de Lévis s’en est payé un à un coût deux fois moins élevé.
Pourtant, avec un minimum de volonté, d’ouverture d’esprit et d’audace, on pourrait régler tout ça – la piste sur René-Lévesque – simplement, sans aménagement particulier.
D’est en ouest, le tracé du boulevard René-Lévesque est de 5,4 kilomètres. C’est la moitié du parcours qui va de Maizerets aux Chutes Montmorency. C’est le quart du Corridor des Cheminots. Bien peu, donc, si l’on considère l’ensemble du réseau routier et cyclable de la Capitale.
On ne va donc pas s’énerver avec une piste qui, de toute façon, ne règlera pas les difficultés d’accès au coeur de la ville. N’oublions pas que la périphérie compte plus de 300 000 habitants qui, dans bien des cas, aimeraient s’amener «en ville», en toute sécurité, sur deux roues.
Les côtes? Pas besoin d’ascenseurs ou de coûteux funiculaires pour les dompter. L’ascension vers la Haute-ville ne serait pas aussi ardue si on laissait juste un peu d’espace pour les vélos. Mais quand on privilégie l’automobile, la petite reine reste ce qu’elle est: petite!
Il faut donc renverser la situation, de façon agressive, innovatrice, et oublier, si nécessaire, les règles d’urbanisme et de circulation qui nous ont mis dans un tel pétrin.
En attendant, va pour la piste cyclable sur René-Lévesque, mais il ne faudra pas hésiter à «tasser» les autos. Il faudra lancer, énergiquement, une nouvelle tendance et la répandre sur l’ensemble du territoire.
Finis, les atermoiements et la procrastination!
Par ce changement d’attitude, la ville de Québec ne pourrait recevoir de plus beau legs, pour ses 400 ans.
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