Raid Extrême Bras-du-Nord: quand le corps ne répond pas

Cette année je récidive, je refais le Gros Bras-du-Nord, mais, cette fois-ci, en connaissance du terrain, sachant très bien où ouvrir la machine. Je me suis bien entrainé, donc, il ne devrait pas y avoir de problème.

16 août 

5h15: le cadran sonne. Ouff! Le corps ne répond pas, je vais «snoozer», peut-être que dans 9 minutes, je vais être «top-shape».

5 h24: ha, bizarre, comment se fait-il que je me suis tapé un gros 9 minutes de sommeil  et que je suis dans le même pétrin? Hé bien, j’ai pas le choix, il faut que je me lève, je dois être à Saint-Raymond avant 8 heures pour les inscriptions tardives. J’ai près de 90 minutes de route à faire, alors debout!  Je regarde la température, il est 5 h45 et il fait 24°c, ça va être collant.

6h00: départ pour Saint-Raymond, pas beaucoup de trafic à cette heure, tout en roulant je remarque de plus-en-plus de coureurs se dirigeant vers le raid. Je crois bien qu’il va y avoir du monde.

7 h20: arrivée à Saint-Raymond, en ouvrant la porte de la voiture, un mur de chaleur s’offre à moi, incroyable la chaleur à une heure si tôt le matin. En plus, mon corps ne répond toujours pas à l’appel, tant pis, je vais m’inscrire pareil, des fois juste de partir et l’énergie revient. Je suis arrivé, pas de file d’attente, une bonne circulation des coureurs se fait. Une fois l’inscription faite, un officiel me donne une plaque avec mon numéro écrit à la main. J’ai l’habitude de conserver ma plaque après course, mais cette fois-ci je vais y penser. C’est pas très chic. Il doit y avoir une participation record. Tant-mieux pour les organisateurs, le raid a des bonnes chances d’être la l’an prochain.

9h00:  je m’approche de la zone de départ tranquillement car le départ est prévu pour 9 h30. Une fois rendu sur place on annonce une foule record, 697 coureurs prendront place pour le 93 et le 57km. Je m’approche le plus possible de la tête et j’attends le départ. Je regarde les coureurs autour de moi et c’est comique de voir que nous avons tous un point en commun, une goutte qui nous pend au bout du nez. Le départ se fait au cœur de la ville sur le bitume, nous partons tous ensemble soit le 93 et le 57km pour une courte distance puis le 57 arrête à un endroit donné pendant 10 minutes, nous laissant le temps de prendre un peu de distance pour ne pas que ce soit la cohue. Il faut dire que 700 coureurs qui arrivent  dans un sentier de 4 pieds de large, ça risque de provoquer un bouchon.

9 h30: le départ est donné, ça roule à fond la caisse. En empruntant la piste cyclable en poussière de pierre un épais nuage de fumée se lève. Le pire, ce doit être ceux à la queue, qui ont fait quelques km puis ont quitté pour des pistes de 4 roues, avec du sable mou, de la roche, deux petits ruisseaux (+ou- 10 pied de large) et un sol un peu humide par endroit. Bref, du beau vélo de montagne. On emprunte quelques champs de cultivateurs avant de retomber sur des chemins forestiers plus large.

10h10:  je passe le ravito 1 (+ou- 20km), rien à faire, aucune énergie, chaque poussée est un calvaire, comme je connais bien le parcours, je commence à douter de ma capacité à le terminer. Ce serait triste de lâcher par une aussi belle journée confortable de 37°c avec humidex. Je décide donc de continuer en me disant qu’au deuxième ravito il sera toujours temps de m’arrêter, et, qui sait, peut-être que l’énergie sera au rendez-vous.

Un peu plus loin, une bonne montée s’annonce, mais rien à voir avec la fameuse côte à ti-oui, je grimpe et j’entends déjà des coureurs se plaindre à l’arrière. Pas encore une côte, pis avec du sable en plus. Je me dis «vous avez pas fini», je termine l’ascension  pour me rendre compte que je n’ai plus de jambes, bref, ça va mal. On nous a dit au départ que les ravitos étaient au 20km, je suis à mi-chemin entre le 1 et le 2, je devrais être bon pour «toffer». Nous entrons dans un boisé qui semble être une forêt de pins, tous des beaux «single track», très beau travail, pas de racine ni de roche, du plaisir à revendre. Je ressors quelques centaines de mètres plus loin, plein soleil. Y fait chaud! Je roule  sur un chemin forestier vallonné très large, pas de vent, le seul courant d’air vient de nous, quand on pédale. Ça me donne l’occasion de jaser avec un coureur qui me demande qu’on fasse le raid ensemble, je lui explique mon état physique lui expliquant que mon corps me boude, ce matin. Il me répond: «y’a pas beaucoup de monde en avant de nous», selon-moi, il voulait dire que j’avais peut-être poussé la machine un peu trop. Selon mon expérience lorsqu’on est sur la ligne de départ et qu’on a l’impression d’avoir déjà fait le raid, y a peut-être un problème. C’était sa première expérience au Gros Bras-du-Nord, il croyait que la côte à ti-oui était déjà passée. À venir jusqu’à maintenant. lui répondis-je. il n’y a rien qui se rapproche ni même de très loin de la fameuse côte. Après quelques échanges sympathiques on se souhaita bonne chance, surtout pour qu’il puisse bien terminer son raid.

Quelques kilomètres plus loin, j’aperçois une Econoline avec inscription «urgence». J’arrête pour lui demander info sur la distance qui reste avant d’arriver au ravito 2, il me dit 300m environ. De par les informations qu’il me donne je suis sur le seul chemin sur lequel je peux revenir à Saint-Raymond. Il est 10h50, je consulte sa carte pour être sûr que le trajet de retour est moins long que ce qu’il me reste à faire. D’après les infos il y aurait 25km de garnotte et d’asphalte pour le retour. Comme il n’est pas question de revenir dans une boite de pick-up (ou comme certains l’appelle truck de la honte) je décide donc de revenir par mes moyens. Si je continue, le troisième ravito est au 58e km, tout en haut de la côte à ti-oui, de là il va être trop tard. Déjà que je me suis levé épuisé je crois que c’est plus sage pour ma santé de revenir par le 25km.

Il m’en aura pris 1 heure pour parcourir mes derniers km. J’ai croisé des bénévoles qui m’ont posé la question à savoir si j’étais perdu, hé bien non, je suis arrivé à Saint-Raymond pas plus fatigué que quand j’étais parti le matin, comme si j’avais récupéré sur la route. Sauf que je sais maintenant que la prochaine fois je ne prendrai pas un départ dans cet état!

Étiquettes :

Laisser une réponse

XHTML: Tags utilisables: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>