Après six années de compétition cycliste au cours desquelles elle a connu beaucoup de succès, Audrey Bernard a décidé de prendre un peu de temps pour faire le point. Laissons-la s’expliquer.
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On dit toujours que le milieu du cyclisme est petit. J’ai pu le constater par moi-même, dernièrement. Je ne crois pas surprendre personne en annonçant que je ne ferai pas de compétition cycliste, la saison prochaine, puisque le mot court depuis un bout de temps. Lorsque j’ai pris ma décision, pour des raisons sur lesquelles je reviendrai plus tard, je l’ai dit à un ou deux amis de confiance, et, en quelques jours, le peloton au complet le savait! C’est ce que j’entends par «c’est un petit milieu».
Durant mes 6 années de compétition, j’ai vécu toutes sortes de situations, bonnes et mauvaises, et j’ai appris grandement sur moi-même grâce à cela. J’ai appris qu’il est très difficile de plaire à tout le monde, et que la ligne entre la compétition saine et malsaine est très mince. J’ai vu des choses que je n’aurais jamais pensé possibles, des situations où les jeunes athlètes n’ont plus de plaisir et où le sang-froid s’est échauffé rapidement et parfois trop. J’ai vu des parents qui vivaient pour le succès de leurs enfants, et d’autres qui s’en fichaient éperdument. J’ai également rencontré des personnes bien, et ce sont ces gens que j’aurai de la difficulté à laisser de côté. Que ce soit des parents supporteurs et encourageants, des athlètes respectueux et qui ont l’esprit sportif, des entraîneurs dévoués et des bénévoles engagés dans ce merveilleux sport. J’ai côtoyé pendant ces 6 années des passionnés qui souhaitent que ce sport reste sain et qu’il soit connu de tous.
Je crois qu’il est maintenant temps que je m’explique, par respect pour les gens qui m’ont supportée tout au long de ma «carrière», et qui croient toujours que j’ai ma place dans ce sport.
Suite aux évènements qui se sont déroulés à Burnaby, en août dernier, ma mentalité pour ce sport a changé. Durant ces quelques jours, j’ai vécu une gamme incroyable d’émotions et je crois qu’il est clair pour tous qu’elles étaient loin d’être agréables pour la plupart. Lorsque j’étais là-bas, seule, j’ai compris que ce sport demandait une force mentale incroyable et que la pression qui y était liée pouvait devenir insupportable. Les gens qui ont appris à me connaître, durant les dernières années, savent que je suis loin d’être la fille la plus compétitive et que j’aime me tenir loin des chicanes. Alors, lorsque j’ai été plongée tête première dans une histoire où je n’avais aucun contrôle, j’ai cru que tous les malheurs du monde m’arrivaient, qu’on s’acharnait sur moi, et qu’on tentait de me prendre mon talent, mon succès, mon estime de moi. J’ai réalisé que j’étais loin d’avoir la tête qu’il fallait pour être championne canadienne et devoir «dealer» avec tout ce que ça implique.
J’ai décidé, par la suite, de faire du vélo juste pour le plaisir, mais, honnêtement, je n’en avais plus. J’ai perdu la passion, le goût de me dépasser et de me faire mal. J’ai perdu cette envie de gagner car j’ai été détestée pour avoir gagné. Je souhaite que cette passion me revienne car je me souviens de ce que c’était quand je me levais le matin en ayant hâte d’aller rouler, d’aller monter des côtes que je croyais dures… avant de voir Charlevoix… pour m’endurcir avant les courses en Beauce, d’arriver aux courses et de placoter avec toutes les filles parce que ça fait une semaine qu’on ne s’est pas vues et que ça me paraît déjà une éternité. J’espère que cette passion pour le sport me revienne car je garde de très bons souvenirs de ces années.
J’ai décidé de prendre du repos pour la saison prochaine, de me changer les idées, de me concentrer sur d’autre sphères de ma vie, les études, les amies, les activités pour le plaisir. Je ressens le besoin de vivre mes 17 ans sans pleurer pour des courses où je suis supposée m’amuser, où je devrais ne pas m’en faire avec rien d’autre que mes jambes qui tournent vite et qui ont mal! Je me dis qu’il ne sera jamais trop tard pour recommencer si j’en ressens le besoin et le goût.
Je souhaite remercier des gens merveilleux qui m’ont énormément aidé pendant les dernières années. Premièrement, tous les gens du club Vélo2Max qui m’ont montré comment pédaler et qui m’ont donné le goût de la compétition. C’est avec eux que j’ai eu mes premiers succès et je leur en suis très reconnaissante.
Suite à cela, j’ai rencontré Jean-Yves Labonté, qui m’a ouvert les portes «du vrai vélo», et Martin Fleury, qui m’a toujours dit que j’étais capable du meilleur… si je me faisais un peu plus confiance! Et puis, SDV, à qui je dois le support le plus merveilleux qui peut être donné à un athlète: j’ai adoré collaborer avec vous car nous avions une relation d’amitié. Merci pour tout ce que vous avez fait et que vous faites encore en me laissant la chance de m’expliquer sur votre tribune.
Dernièrement, j’ai rencontré une panoplie de gens incroyables, en Outaouais, avec qui j’ai aimé m’entraîner, rouler pour le plaisir, et côtoyer lors des compétitions. Je les remercie pour leur support dans mes moments difficiles et leurs félicitations après mes moments gagnants!
Je veux aussi dire merci à toutes les filles avec qui j’ai couru! Je dois l’avouer, j’ai aimé ne pas avoir la vie facile dans les courses, j’ai aimé nos fou-rires lorsqu’il pleuvait à boire debout, et nos larmes dans les moments difficiles. Je crois qu’il y en a quelques-unes qui vont se reconnaître!
Tous les gens de la Fédération qui font que ce sport se développe de plus en plus à chaque année et que les jeunes aient des courses bien encadrées. Chaque personne qui m’ont félicitée après mes victoires ou qui m’ont encouragée lorsque c’était difficile.
Merci à tout le monde qui a été près de moi à un certain moment. Merci à mes parents et mon frère qui n’ont pas eu le choix d’être là pour moi, j’ai grandement apprécié.
Audrey
Pour nous joindre: clemelin@sdvmag.com .
Bravo pour ce que tu as donnée au vélo durant ces dernières années. Profite de ce moment pour découvrir autre chose, il n’y a pas que la course dans la vie! Tu veras! Félicitation encore pour ce que tu as accomplie depuis tes premiers coup de pédale! Peu, peuvent en dire autant!
Merci pour le petit mot de remerciement, nous sommes entièrement avec toi. Ton texte reflète une grande maturité. L’avenir est devant toi ma belle !!!