Combatif pendant toute la course, Charles Dionne (Fly V Australia), a coiffé quatre coureurs au fil d’arrivée pour enlever, de façon spectaculaire, la cinquième et dernière étape du Tour de Québec 2009, dimanche, à Sainte-Anne-de-Beaupré.
Le coureur de Saint-Rédempteur a complété les 96,2 kilomètres de l’épreuve en 2:30:31, devant Otavio Bugarelli (Garneau-Club Chaussures-Ogilvy Renault), Derrick St. John (Ride with Rendall) et Josh Dillon (Bike Reg.com/Cannondale), tous trois avec le même chrono, tandis que David Boily (Probikepool/Kuota) pointait au fil une seconde plus tard.
Au classement général, après cinq étapes, Dionne est ainsi passé de la septième à la troisième place tandis que David Boily est grimpé de la douzième à la quatrième position. L’Américain Josh Dillon, détenteur du maillot jaune avant de commencer la course, a bien protégé son avance et, en terminant dans le même temps que le vainqueur de l’étape ultime, il a conservé le premier rang qu’il avait ravi la veille. Otavio Bugarelli (Garneau) termine le Tour en deuxième position, au classement général.
Si Dillon rentre chez lui, au Vermont, avec le maillot jaune, Dionne ne rentre pas bredouille à la maison car il a mis la main sur le maillot vert (points gagnés aux sprints) et sur le maillot rouge (meilleur grimpeur). Le maillot orange (meilleur jeune) a été enlevé par David Boily et le maillot noir (combativité) a été remis à l’Américain Thom Coupe (BikeReg.com/Cannondale).
«Je suis content d’avoir gagné l’étape, a mentionné Dionne, après la course. Avec le maillot vert (sprint) et le maillot rouge (montagne), c’est quand même satisfaisant. J’ai essayé très fort, pour enlever le maillot jaune, mais 1:09, c’est dur à reprendre. Dillon (meneur au général) était assez fort. Au moins, j’ai gagné une étape.»
Dionne, après une séquence fort active, sur différents plateaux de compétition, se propose de prendre ça mollo, au cours des prochains jours. «Je veux lever le pied un peu, relaxer et passer du temps avec la famille… mais il y a toujours les Panaméricains qui s’en viennent et il pourrait y avoir des changements dans la sélection», a-t-il mentionné. Le pied pourrait donc redescendre au plancher plus vite qu’il ne l’aurait souhaité.
L’autre Québécois du «top 5», étape et général, David Boily, aurait, certes, souhaité un meilleur classement mais il n’avait rien d’un gars déçu. Au contraire. «Cinquième de l’étape, c’est correct. J’ai 19 ans et c’est ma première saison senior. C’est clair que j’ai de l’expérience à prendre, je vais certainement continuer de m’améliorer.» Sans doute!
Le détenteur du maillot jaune, Josh Dillon, reprenant son souffle après une éreintante épreuve a loué le travail de son équipe, ce qui lui a permis de bien doser ses efforts, dans une course «très difficile à contrôler avec cette côte très abrupte» qui revenait à répétition (17 fois). Satisfait de son expérience au Tour de Québec, qu’il a trouvé bien organisé, il s’est dit tout à fait disposé à revenir défendre son tître l’an prochain.
Accrochage
Combatif, qu’on disait de Charles Dionne? Et comment! Assez pour inciter Éric Boily (Volkswagen/Specialized) à déposer un protêt contre le gagnant de l’étape. Boily a abandonné, au 14e tour, même s’il a été longtemps au plus fort de la lutte.
Pour faire une histoire courte, Boily et Dionne se sont retrouvés dans une position du genre «je fais mon chemin et tu te tasses» qui a dégénéré en des échanges plus ou moins sportifs – «coup de poing au visage de la part de Dionne», selon Boily – qui auraient pu mal tourner. «J’essayais de me replacer, on était au deuxième tour, à ce moment, j’étais à l’extérieur et il m’a donné des coups de guidon… puis un coup de poing au visage. Je l’ai pris par le maillot et lui ai dit que c’était la dernière fois qu’il me touchait…», a exposé le coureur de Planet Energy, après avoir déposé son protêt. «C’est un pro, il me semble qu’il doit donner l’exemple, a-t-il continué. Ce n’est quand même pas le Tour de France… C’est la deuxième fois au cours des dernières semaines qu’il agit de la sorte. Keven Lacombe (un autre coureur de Planet Energy), au Tour de Beauce, a subi le même sort. Un protêt a été déposé, sans succès.»
Dionne, pour sa part, a voulu temporiser un peu en disant que «c’est ça la course… dans le feu de l’action il peut se passer des choses. J’ai trouvé qu’il avait entré un peu serré… je n’ai rien d’autre à rajouter sur l’incident». À une dernière question sur le sujet, Dionne a mentionné qu’il avait discuté avec Boily, «un bon kid», sur le stationnement et que l’affaire était classée.
Pas si sûr, car Boily était fort déçu d’apprendre que son protêt avait été rejeté par les commissaires, ces derniers estimant que la plainte – témoins à l’appui – n’était pas justifiée. «Ils attendent probablement que quelqu’un se fasse mal. Je ne suis pas surpris. Il aurait fallu que je me ramasse à l’hôpital pour qu’ils fassent quelque chose.»
Il semble y avoir une espèce d’animosité viscérale entre Dionne et les coureurs de l’équipe dirigée par Steve Bauer. Dionne ne s’est pas gêné pour décrier leur comportement (refus de rouler avec lui), pendant le Tour de Québec et ces derniers prétendent qu’ils n’ont pas à le faire. À suivre? Espérons que non…
La côte Gravel
Toujours est-il que l’effarouchante côte Gravel, que les coureurs devaient grimper 17 fois, au cours de l’ultime étape, n’aura pas fait autant de ravages que certains l’anticipaient. Oui, 43 des 48 coureurs n’ont pas terminé la course, mais plusieurs, dont celui (Jean-Yves Labonté) qui a préparé le parcours, s’attendaient à pire. L’hécatombe n’a pas eu lieu. Probablement que Sainte-Anne, dans sa basilique, tout près, veillait sur les coureurs!
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